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FAILLITE DES HÔPITAUX PRIS DANS L'ENGRENAGE DES MOUVEMENTS D'HUMEUR

Vendredi, 10 Juin 2011 13:08
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La récurrence des mouvements d'humeur dans le secteur de la santé risquent de perdurer. C'est le principal enseignement qu'il convient de tirer du rapport d'enquête provisoire de la Commission santé de l'Assemblée nationale. Conscients des erreurs qu'ils ont commises en légiférant dans le secteur de la santé, les députés listent les origines du mal des hôpitaux.

 

 

Fruit d'une enquête menée par l'Assemblée nationale, le rapport provisoire diagnostiquant les principales causes de la maladie des Etablissements publics de santé (Eps) circule dans les sphères de décision de l'Etat. Même s'ils l'ont occulté, les conclusions de cette investigation engagent implicitement ou indirectement la responsabilité des parlementaires, notamment de la majorité libérale. D'abord celle de leurs prédécesseurs qui ont adopté en 1998 la réforme hospitalière lançant les hôpitaux dans un modèle de gestion similaire à ce qui se fait dans les entreprises privées. Une réforme dont l'évaluation et la correction sont perpétuellement réclamées par les partenaires sociaux que sont les syndicats du secteur de la santé. Ensuite, celle des libéraux au pouvoir qui, pour dérouler des opérations de charme avec effets d'annonce, sans avoir les moyens de leurs ambitions, ont entériné différentes politiques de gratuité à la charge des Eps. 


Les politiques de gratuité de Wade coulent les Eps 

Les députés ont pu découvrir la réalité à laquelle le Sénégalais lambda est confronté au quotidien pour satisfaire ses besoins en soins médicaux ou pour accéder aux services publics de santé. Le rapport provisoire pondu par la Commission santé de la l'Assemblée nationale révèle ainsi que le préfinancement des politiques de gratuité pose beaucoup de difficultés de trésorerie et de fonctionnement aux hôpitaux. L'exemple du fameux «Plan Sésame» initié par le président de la République, Me Abdoulaye Wade, est le plus illustratif. C’est en résumé une enveloppe d’un milliard pour soigner 650 000 personnes. Les députés, qui l'ont consacré après sa conceptualisation par le chef de l'Etat et son annonce le 3 avril 2006 lors de sa traditionnelle adresse à la nation, se sont rendu compte que le «Plan Sésame» ne fait qu'alourdir l'ardoise de la dette que l'Etat doit aux hôpitaux et autres structures de santé du pays. À titre d'exemple, les soins offerts aux personnes du troisième âge ont porté l'enveloppe due à un hôpital comme Principal jusqu'à 4 milliards l'année dernière, l'Hôpital général de Grand-Yoff (Hoggy) est dans la même situation et pour le Centre hospitalier de Fann plus de 600 millions de francs. 

En dehors du Plan sésame, les césariennes offertes achèvent les structures sanitaires

Vue sous l'angle de la comptabilité des hôpitaux, cette prise en charge des personnes du troisième âge, relève le rapport dans ses conclusions, accroît considérablement la dette des hôpitaux envers leurs fournisseurs. Parce qu'ils essaient de concilier impérieusement la gratuité de la couverture médicale des cibles, sans un préfinancement efficient et la consommation de produits commandés pour lesdits soins. La dette hospitalière a dépassé la dizaine de milliards, indique le document des parlementaires. Sont aussi indexés le montage du préfinancement qui est composé uniquement d'un milliard, dont les 700 sont offerts par l'Ipres contre 300 millions seulement cotisés par l'Etat, et la mise en oeuvre pratique du «Plan Sésame». Sur ce dernier aspect, ce sont les hôpitaux qui sont indexés, parce que pour des souffrances bénignes, il est souvent arrivé lors des premières années d'application de cette gratuité que les structures de santé, profitant du préfinancement, offrent des services superflus en vue d'une consommation rapide des fonds. Toutes choses qui hypothèquent la pérennité du plan. 
Viennent ensuite la dernière mesure de gratuité prise par le régime libéral de Me Abdoulaye Wade en direction de la gent féminine : la gratuité de la césarienne qui faisait tomber jusqu'ici dans les caisses des hôpitaux entre 400 000 francs par opération et un minimum de 50 000 francs. Cette pratique listée par les parlementaires comme l'une des causes de la faillite des Eps du pays en proie à d'interminables mouvements d'humeur, devait entrer en vigueur depuis le 1er mars 2011, annonce faite par le ministre de la Santé, Modou Diagne Fada, pour être effectif dans les départements de Pikine, Guédiawaye et Rufisque en attendant son extension à l'échelle nationale. Il faut dire que dans certaines régions à forte mortalité maternelle, cette politique de gratuité des césariennes a commencé à asphyxier les hôpitaux depuis plus de 3 ans au moins. 
Ce sont autant de difficultés diagnostiquées par les députés sur les Eps dont les ressources financières ne permettent plus de couvrir les charges de personnel. Ce qui fait que les travailleurs du secteur sont souvent en grève, d'autant plus que le chef du gouvernement, Souleymane Ndéné Ndiaye, a déclaré à qui veut l'entendre que l'Etat est dans l'impossibilité de satisfaire leurs revendications à incidence financière dont la dette avoisinant la barre des 14 milliards de francs.

Abdoul Aziz SECK (LePopulaire)

Mise à jour le Vendredi, 10 Juin 2011 13:19

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