L’immobilier continue d’être le réceptacle de l’argent sale. Le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba), dans son rapport 2010, a une fois de plus pointé du doigt le secteur de la construction. Les réseaux informels de transfert d’argent ainsi que ceux de l’importation de véhicules sont aussi devenus des boulevards prisés par les « blanchisseurs ».
Les immeubles qui poussent comme des champignons à Dakar et dans certaines villes du Sénégal continuent de confirmer la thèse du blanchiment d’argent. Le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba), dans son rapport 2010, dont copie nous est parvenue hier, vendredi 8 juillet, relève que le marché florissant de l’immobilier à Dakar est largement financé en liquidités. Avant de faire remarquer : « La propriété et le transfert de biens ne sont pas transparents. Le boom continu de la construction et les prix élevés des biens laissent penser qu’il y a de plus en plus de fonds d’origine douteuse en circulation au Sénégal ». Le Giaba raconte qu’«une déclaration de transaction suspecte reçue en 2009 impliquant un immense trafic de visas entretenu par le Consul d’un pays de l’Union européenne et une ressortissante d’un pays frontalier a été menée à terme. La dame a été reconnue coupable de blanchiment d’argent et de conspiration et condamnée à trois ans de prison et à une amende de 3 milliards francs Cfa à payer au Trésor public. Le tribunal dans sa délibération a ordonné la saisie de trois comptes bancaires et de deux villas. Le diplomate, quant à lui, a été mis en accusation dans son pays et a subi des sanctions administratives. La dame a fait appel».
Sur le même registre, poursuit le Giaba, « Une ordonnance de renvoi a été faite à la suite d’un procès pour blanchiment d’argent sur la base d’un rapport envoyé au Procureur par la Crf (Cellule de renseignement financier, ndlr). Tous les deux concernaient des fils d’un célèbre politicien, homme d’affaires et chef religieux sénégalais ». Avant d’annoncer que « d’autres procès sont en cours, dont celui d’un Nigérian, John Obi Michel, qui est poursuivi pour trafic de drogue et blanchiment d’argent et de tentative de contrebande d’un montant élevé de devises basé sur de faux documents orchestré par des ressortissants turcs ».
Devant cette situation, le Giaba préconise une assistance technique pour le pays, dans ce sens. Pour cette instance sous régionale, « le Sénégal a besoin d’assistance pour élaborer un cadre complet de surveillance du secteur des Epnfd, particulièrement du secteur de l’immobilier et des prestataires de services professionnels – avocats, comptables et audits - qui appuient ce secteur ». A son avis, « le dossier des condamnations pour Bc (Blanchiment de capitaux, ndlr) est très peu fourni et le pays va grandement bénéficier d’un programme de renforcement de capacités pour ses enquêteurs, procureurs et le judiciaire ».
Réseaux informels de transfert, importation de véhicule
Dans… le sale
Les adeptes de l’argent sale ont investi d’autres circuits insoupçonnés tels que les circuits informels de transferts d’espèces et l’activité d’importation de véhicules. Le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (Giaba), dans son rapport 2010, notre que « la présence croissante d’«hawala» ou d’autres réseaux informels de transfert d’espèces et le nombre croissant de véhicules d’occasion importés, suggèrent également l’existence de blanchiment d’argent et de convoyeurs d’espèces ». Parmi les autres sources de préoccupation, ajoute la même source, « il y a le transport d’espèces, d’or et de pierres précieuses à travers l’aéroport du Sénégal et à travers les frontières poreuses, particulièrement vers la Gambie ».
Sur la même lancée, le Giaba note que les produits de corruption et de détournement générés au niveau national sont les principaux crimes sous-jacents prévalant au Sénégal. Il considère que « le trafic de drogues est un autre problème auquel le pays est confronté ». Avant de préciser que beaucoup de ressortissants étrangers utilisent le pays comme plaque tournante pour exporter de la drogue vers l’Europe et d’autres destinations. C’est ainsi que le Giaba rappelle que « le rang du pays sur l’Indice de Perception de la Corruption de Transparency International continue d’empirer, passant de la 85ème à la 99ème place en 2008 et 2009 respectivement, à la 105ème place en 2010, ce qui dénote un effort moins proportionnel de la part des autorités pour assurer et améliorer la bonne gouvernance ».
Appel à transparence dans les secteurs financier et Btp
Le Gouvernement du Sénégal doit continuer à travailler avec ses partenaires comme le Giaba, l’Uemoa et la Cedeao pour élaborer un régime exhaustif de Lbc/Ft (lutte contre le blanchiment des capitaux, ndlr). Le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest qui a fait cette suggestion, considère que « le Sénégal doit travailler à réaliser la transparence dans ses secteurs financier et immobilier et continuer à encourager la population à utiliser le système bancaire formel ». Pour cette institution sous régionale, le pays doit continuer à lutter contre la corruption de façon transparente et accroître la fréquence, la transparence et l’efficacité des revues et audits financiers des institutions financières. Le Giaba considère que « le Sénégal doit établir un meilleur contrôle uniforme du flux transfrontalier de devises et d’autres instruments négociables au porteur pour aussi bien les résidents que les non-résidents ».
Face à ce tableau qui marque une présence active du blanchiment d’argent au Sénégal, le Giaba estime que « les autorités d’application et les douanes sénégalaises doivent développer leur expertise dans l’identification et les enquêtes aussi bien du blanchiment d’argent traditionnel que du blanchiment d’argent au sein de l’économie informelle ». Dans cette même dynamique, la même source considère que « la Centif doit aller davantage vers les institutions financières non bancaires pour assurer une meilleure compréhension du contenu et des exigences de tenue de dossiers des Dts (Ndlr : déclaration de transaction suspecte)». Avant d’ajouter : « La Centif, les autorités d’application des lois et le Ministère de la Justice doivent travailler de concert pour coordonner les rôles et responsabilités par rapport aux enquêtes et l’assemblage des cas, et développer davantage de compréhension inter-agence du blanchiment d’argent et du financement terroriste ».
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Bacary DABO (Sudonline.sn)